Le pan, kesako ?

Histoire très politique d’un instrument peu commun (ou histoire peu commune d’un instrument très politique)

Né en pleine marche de Trinidad et Tobago — alors sous domination britannique — vers l’indépendance, le pan a rapidement pris un poids politique considérable dans ce jeune pays du sud des Antilles. Il est en effet apparu progressivement à la fin des années 30, début des années 40, et s’est réellement fait connaître du public Trinidadien à l’armistice, en 1945.

Dans un pays dont le carnaval et les musiques de rue avaient fait l’objet de lois répressives par l’administration coloniale (notamment en 1884), l’étonnante invention fut interprétée comme une réponse politico-artistique à cette oppression. Il est vrai que la création du pan, qui a parachevé de nombreuses évolutions organologiques dans les polyrythmies accompagnant les chants des processions de carnaval depuis le XIX° siècle (tambours à peau, bambous pilonnés appelés « tamboo-bamboos », et, à partir des années 1920, objets de récupération métalliques), a émergé des milieux les plus défavorisés (jeunes chômeurs, d’origine africaine), pour ne pas dire franchement stigmatisés. On notera d’ailleurs que malgré la reconnaissance officielle du pan (aujourd’hui consacré « instrument national »), les steelbands ne sont toujours pas réellement reconnus par une catégorie de la population, qui le considère toujours avec condescendance, renforçant le sentiment des panmen, les gens du pan, d’être impliqué dans une sorte de lutte sociale (« steelbands are built on struggle », dit-on souvent à Trinidad : les steelbands se sont construits dans la lutte).

À partir de l’indépendance (en 1962), les steelbands ont canalisé l’essentiel de leur énergie dans des compétitions nationales, notamment celle du Panorama, qui rassemble, au moment du carnaval, des dizaines de groupes atteignant une centaine de personnes. Pendant cet événement, le pays retient son souffle, et ceux qui ne peuvent assister directement au spectacle le suivront probablement à la radio ou à la télévision, pour infirmer ou confirmer les fiévreux pronostics qui fusent depuis le début des répétitions quotidiennes, plus d’un mois auparavant.

Fabrication

La fabrication des pans est l’œuvre de spécialistes appelés des « tuners ». Ce sont aussi eux qui réaccordent régulièrement les instruments.

Si les pans ont été créés sur des supports variés, ils sont aujourd’hui fabriqués presque exclusivement à partir de containers de stockage industriel type bidons de pétrole. Le sommet du bidon est embouti à la masse, les notes sont dessinées et façonnées, puis le tronc du cylindre est découpé en fonction de la tessiture voulue (plus l’instrument est grave, plus la « jupe » est longue). On pré-accorde l’instrument avant de le passer au feu, et on l’accorde à nouveau. On peut éventuellement le faire ensuite chromer, et il faudra alors procéder à l’accordage fin.

L’accordage fin (« fine tuning ») est un processus très complexe, effectué au marteau. Le tuner accorde d’abord la note fondamentale au centre de la surface, puis il accorde différentes harmoniques, sur les côtés, donnant à l’instrument un timbre sifflant et cristallin.

Dans la classification de Sachs et Hornbostel, couramment utilisée en ethnomusicologie, les pans sont considérés comme des idiophones par frappement, car la matière vibrante est rigide. On les joue avec des mailloches appelées « sticks », c’est-à-dire des baguettes munies d’embouts en caoutchouc, dont l’épaisseur varie en fonction de la tessiture de l’instrument.



L’association loi 1901 Ramajay Steelband (RNA : W943003197) a pour but de développer et favoriser la pratique du steelpan et les échanges culturels avec Trinidad et Tobago par le biais de concerts, d’animations, de productions, d’activités pédagogiques, ou de tout événement se rapportant à la pratique du steelpan.

Mail : contact@ramajay-steelband.fr